La chute de Constantia de Yannis Makridakis

Une si longue lettre

Tout commence par une magnifique journée comme se plaît à le souligner l’auteur :

« En cette fin de mois d’octobre 2005, le temps estival de Saint-Dimitrios avait encore dans la Ville de bienfaisantes douceurs, cet été tardif amenait des choses sans précédent, tous les gens étaient assis dehors à Cihangir les uns avec leur thé, les autres avec leur bière, la Ville bruissait de vie et de mouvement (…) »

Mais voilà, la vieille Constantia n’est pas de la fête ! Et pour cause : elle est souffrante depuis qu’elle a reçu la terrible lettre de son gendre. Les nouvelles qu’elle y apprend la font tomber à la renverse ! Sa voisine, Vanguelia, une experte en commérage rapporte ainsi la tragédie à qui veut l’entendre :

« (…) elle avait entendu vers midi un cri strident suivi d’un bruit sourd et avait accouru. Elle avait trouvé Constantia presque évanouie, c’est tout juste si celle-ci avait réussi à atteindre la porte et à lui ouvrir avant de se trouver mal. Elle tenait dans ses mains une lettre, était-ce vraiment une lettre, plutôt un paquet de feuilles, un livre entier, qui devait faire dans les cent pages ; que diable lui écrivait donc cet effronté, tout, il lui racontait tout par le menu pour qu’elle comprît, que rien ne lui échappât, de quoi envoyer dans la tombe cette pauvre femme »

Voilà donc le coupable ! Voilà donc l’origine de la chute et des tourments de la vieille femme ! En effet, par petits bouts et par fragments de phrases, le lecteur apprend en même temps que Constantia que son gendre est en réalité Turc. Il s’est joué d’elle ! Il l’a trompé ! Il a donc réussi son coup. Mais au fil des mots, malgré sa surprise et son antipathie pour ce gendre, Constantia se plaît à lire son « roman ». Et le lecteur se laisse aussi prendre au jeu… jusqu’à cette fin inattendue qui permet à la vieille femme et à sa voisine de faire une trêve…

La chute de Constantia allie humour et gravité. En effet, derrière le ton léger et comique se cache aussi pour le personnage principal des douleurs liées aux massacres de Khios perpétrés par l’empire Ottoman en 1822. Progressivement, la méfiance de Constantia envers son gendre turc trouve écho dans des traumatismes anciens : l’échange des populations en 1923 qui ont mis sur les routes des grecs, forcés de quitter la région d’Ionie. L’Histoire pèse donc sur les épaules de Constantia d’autant plus que cette femme, bien qu’elle continue à vivre à Istanbul, a été témoin dans le passé des pogroms organisés en 1955 contre la minorité grecque de Constantinople (ancien nom d’Istanbul).

En conclusion, La chute de Constantia permet au lecteur de se familiariser avec la littérature grecque contemporaine. Ce roman met aussi en exergue le passé douloureux entre Grecs et Ottomans. Il renseigne le lecteur néophyte sur les difficultés interrelationnelles entre Grecs et Turcs sans pour autant que celles-ci entrainent une barrière infranchissable entre les deux peuples par delà la mer Egée.

Pour comprendre la dimension historique et les événements relatés dans ce roman, voir la carte ci-dessous: (http://www.larousse.fr/encyclopedie/data/images/1011341-La_formation_de_la_Grèce.jpg)

Traduit du Grec par Monique Lyrhans
Editeurs : Sabine Wespieser, 2015
179 pages
20 €

Πηγή

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